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Cinéma Analyse

Le féminisme et le changement de genre dans l’industrie audio-visuelle

De nos jours, de nombreux producteurs de films et de séries ont tendance à penser que le changement de genre – transformer des rôles masculins iconiques en femmes – comptera comme une démarche moderne dans l’industrie audio-visuelle. Cette façon de penser a pour cause la montée des mouvements féministes de ces trois dernières années. Voilà donc comment un désir de mettre en avant des personnages féminins en leur donnant les premiers rôles est né. De ce fait, des reboots comme Ghostbusters (2016) et Ocean’s 8 (2017) virent le jour, tandis que pour la première fois en 55 ans, Doctor Who, arbore les traits d’une femme dans la onzième saison. Toutefois, il en ressort dans cette pratique un côté malhonnête et hypocrite de la part de l’industrie audio-visuelle qui se sert du féminisme comme prétexte pour tout et n’importe quoi.

Jusqu’à présent, le changement de genre n’a encore rien donné de satisfaisant et la grosse majorité de ces reboots ont reçu des critiques négatives de la part du public et de la presse. Par exemple, il manque à Ghostbusters une trame scénaristique, d’autant plus que le film préfère vanter son casting principalement féminin dont les blagues laissent à désirer. Richard Lawson, critique de films attitré chez Vanity Fair, avait écrit à l’époque que « le film [passait] tellement de temps à mener une bataille avec son héritage qu’il en [oubliait] d’exister en tant que tel. » Ceci relève ainsi un des principaux problèmes de ces reboots féminins : ils veulent automatiquement et de manière abusive se comparer avec les « versions masculines », alors qu’ils pourraient justement se servir de cette base pour offrir un nouveau point de vue. Ensuite, ce serait mentir de dire que Ocean’s 8 est un échec complet car il a rapporté plus de quatre fois son coût de production (297 millions $ au Box Office mondial pour un budget de 70 millions $). Cependant, il a récolté des avis mitigés le décrivant comme un film de braquage sympa surfant sur le succès des précédents films de la franchise Ocean’s pour se faire remarquer. Quant à Doctor Who, la BBC a appuyé sur le bouton « politiquement correct », attisant par conséquent la colère de bon nombre de fans de la première heure. De plus, vers la fin de la onzième saison, plus de quatre millions de téléspectateurs ont dit au revoir à la série britannique ; une baisse d’audience considérable.

féminisme et cinéma

Ces faux-pas ne sont rien d’autre que le résultat d’une incompréhension du féminisme de la part du monde du show-business. Le féminisme peut se définir comme un ensemble de mouvements cherchant à établir une égalité des sexes dans plusieurs domaines. Pourtant, beaucoup de productions audio-visuelles montrent un féminisme où les femmes prennent complètement la place des hommes – provoquant ainsi une plus grande division – tout en les ridiculisant au plus haut point, comme dans la dernière saison de Doctor Who où, à travers les dix épisodes, chaque ennemi est un homme stupide, arrogant, parfois vicieux, et (très) souvent hétérosexuel et blanc. On peut donc y voir une volonté de détruire tout ce qui se rapporte à l’homme et à la société patriarcale dans laquelle il n’y aurait pas de place pour l’émancipation de la femme, mais également des minorités. De ce fait, tout semble bon et acceptable pour rendre les hommes complètement ridicules et détestables. Chris Chibnall, le nouveau showrunner de Doctor Who, maîtrise cette méthode à la perfection, et le quatrième épisode de cette onzième saison, intitulé « Arachnides au Royaume-Uni », a pour antagoniste la caricature ultime de l’homme qu’il faut absolument détester. En effet, Robertson, interprété par Chris Noth, est chef d’entreprise Américain très vulgaire envers ses propres employés britanniques. Il porte toujours un costume, arbore une coiffure très soignée et incarne fièrement les valeurs du parti républicain. Il semble également un tantinet raciste et homophobe. Il ne possède aucun courage et vante sans cesse sa réussite. Bref, Chibnall a mis le paquet pour ce personnage afin de le rendre le plus méprisable possible. Ceci prouve qu’il y a, dans cet épisode comme dans les autres, un réel parti pris où ceux qui représentent une minorité, qu’elle soit de genre (le Docteur), sexuelle (Yasmin), ethnique (Ryan) ou générationnelle (Graham), seront toujours favorisés et mis en avant par rapport aux hommes hétéros blancs. Cette façon d’écrire ne ressemble guère à ce que Chibnall nous avait habitués avec la série Broadchurch grâce à laquelle il avait impressionné le monde de la télévision.

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Ces changements de genre apparaissent comme le fruit d’une démarche malhonnête et hypocrite de la part de l’industrie audio-visuelle car beaucoup de producteurs espèrent faire de l’argent en profitant de la notoriété des sagas qu’ils relancent et en se servant du féminisme pour justifier cette renaissance. De nouvelles histoires avec de bons personnages féminins pourraient être créées, mais le show-business donne l’impression de voir le féminisme comme une tendance qui, avec le temps, s’essoufflera, très probablement à cause du marketing très agressif et des résultats médiocres ou peu satisfaisants au Box Office . D’ailleurs, les bons personnages féminins sont souvent mis de côté, abandonnés ou tout simplement supprimés, et une fois encore, Doctor Who en montre bien l’exemple. Dans la quatrième saison, Donna Noble, interprétée par Catherine Tate, s’affirmait de plus en plus comme la meilleure compagne que le Docteur ait eu depuis le renouvellement de la série en 2005. Elle s’était même vue attribuée les mêmes capacités que lui à la fin de la saison avant de les perdre et de tomber dans l’oubli – suite notamment au départ de Russell T. Davies, scénariste en chef de l’époque et créateur du personnage. Dans la cinquième saison, River Song, incarnée par Alex Kingston, se révèle être nulle autre que la femme du Docteur, sauf qu’à force de jouer avec les paradoxes temporels, le showrunner de cette saison, Steven Moffat, s’est senti obligé de se débarrasser du personnage dans un épisode spécial. Donna Noble et River Song étaient déjà des versions féminines du Docteur ; la première temporairement, et la deuxième partiellement. Rien n’empêchait donc la production de garder ces personnages dans l’histoire, surtout que les aficionados appréciaient fortement ces deux actrices.

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Pour revenir sur le féminisme dans l’industrie audio-visuelle, lorsqu’on l’introduit, c’est comme si c’était juste pour cocher la case « diversité » et passer à autre chose. En effet, son introduction paraît trop forcée et peu subtile, à l’image d’un tireur d’élite qui porterait une tenue fluorescente . L’accent est davantage mis sur la forme que sur le fond, ce qui amène souvent beaucoup d’incohérences, comme ce fut par exemple le cas avec la fameuse réplique de Jennifer Lawrence dans X-Men : Dark Phoenix où celle-ci propose de changer le nom de X-Men en X-Women, étant donné que ce sont toujours les femmes qui sauvent les hommes. Pourtant, dans son enfance, Charles (James McAvoy) lui a sauvé la vie en l’acceptant sous son toit. Dans X-Men : Days of Future Past, Wolverine (Hugh Jackman) remonte dans le temps afin de s’assurer qu’elle ne se fasse pas capturer et exploiter par Bolivar Trask (Peter Dinklage). Enfin, Jean Grey (Sophie Turner) porte bien le coup de grâce à Apocalypse (Oscar Isaac), certes, mais il y a eu tout un travail d’équipe avant cela. Un autre exemple de réplique faussement féministe apparaît dans la bande-annonce de la série Batwoman où l’héroïne dit, après avoir appris que les habitants la confondent avec le Chevalier Noir, [qu’elle] ne va pas laisser un homme s’attribuer le mérite du travail d’une femme, alors qu’elle s’est introduite dans la Batcave sans permission, avant de s’approprier l’identité de Batman et de faire ce qu’il a toujours fait depuis qu’il a commencé à porter ce costume.

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Les instances du divertissement interprètent mal le vrai message que le féminisme essaie de véhiculer, à savoir une égalité des sexes dans plusieurs domaines, et non une division brusque dans laquelle il semble bon de détériorer, voire même de démolir complètement la domination masculine à l’écran. Néanmoins, il existe d’excellents personnages féminins parmi lesquels on peut citer Ripley dans Alien, Trinity dans Matrix, Hermione dans Harry Potter, Donna Imma et Patrizia dans Gomorra, ou encore Molly Solverson dans la première saison de Fargo. Cependant, leur sexe ne fait pas d’elles d’excellents personnages, mais plutôt leur utilité dans l’histoire dans laquelle elles apparaissent. En effet, il ne sert strictement à rien de juger un personnage par son genre, sa couleur de peau ou son attirance sexuelle, car mieux vaut le juger à travers sa fonction dans le récit, ainsi qu’à travers son évolution. Lorsque l’industrie audio-visuelle aura compris cela, l’intérêt ne se portera plus sur le détournement du message féministe, mais simplement sur la volonté d’écrire une bonne histoire avec de bons personnages, qu’ils soient masculins ou féminins.

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